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Correction - dictée "Rutebeuf"

J’ai pris ce nom que vous entendez, Rutebeuf, parce que rude est ma vie, vile ma condition, lourde ma peine. Je me sens tel un bœuf. Je rumine et, quelquefois, je souffre trop, je me plains. 

J’habite Paris, cette ville si belle et qu’il faut bien connaître pour ne pas s’y perdre. Tant de gens y passent qu’on n’y est qu’un inconnu sans nom ni visage ; c’en est lamentable. 

Je ne vous dirai pas tous les malheurs qui m’ont jeté dans la misère, ni le froid ni la peur quand vient l’hiver. Ma peau est tannée autant que du cuir ; mes dents sont tombées et ce n’est pas le pire : le mal ne sait venir seul. Ma femme m’a laissé. J’ai dû déménager. Je suis nu ou à peu près, malade, abandonné. 

Que sont mes amis devenus ? Tous ceux qui m’étaient chers, que j’avais tenus près de ma chair et tant aimés, je crois que le vent me les a ôtés. Ils n’ont pas bien été semés ; le vent les aura emportés. L’amour est mort. 

Celui qui a donné tant et tant de son avoir et de son temps pour s’entourer de sûrs amis quelquefois risque bien davantage de n’en trouver aucun pour venir à son secours quand la fortune s’en sera allée

Contexte

Rutebeuf, parfois orthographié Ruteboeuf, est un poète français du XIIIᵉ siècle, né vers 1230 et décédé vers 1285 à Paris. 

Les références aux événements et aux institutions du XIIIᵉ siècle (surtout entre 1248 et 1277) montrent qu’il écrivait pour influencer l’opinion. On ne sait pas comment ses textes ont été reçus ni recueillis. On ne connaît rien d’autre sur lui : son identité réelle reste inconnue, cachée derrière un surnom amusant (« rude » ou « rustre bœuf »).

Rutebeuf n’écrit pas comme les poètes « nobles » de son époque, qui parlent d’amour courtois et utilisent un style élégant.
Lui, il s’inscrit dans la satire : il critique, il se moque, il dénonce ce qui ne va pas dans la société.

À une poésie jolie, idéalisée et officielle, il oppose une parole franche, réaliste et parfois amère.
Autrement dit : tandis que les autres embellissent le monde, Rutebeuf dit les choses telles qu’elles sont.

Source : https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Rutebeuf/141845

Vocabulaire & orthographe

Premier paragraphe

vile : ​vile et vilain ont la même origine viennent du latin villanus, qui désignait à l’origine un paysan. 

Au Moyen Âge, les vilains (paysans) sont socialement méprisés, le mot prend peu à peu un sens moral et social négatif. 

Quand il écrit « vile ma peine », vile garde ce sens médiéval : ce qui est rabaissé, humilié, traité comme sans importance.

bœuf  : ce mot vient du latin bos (bovin). En français, la forme bœuf utilise la ligature œ, qui représente la fusion des lettres o et e.

Cette ligature se retrouve aussi dans : cœur, œil, sœur, vœu.

La ligature œ a été créée parce que, en français, les lettres o et e issues du latin se sont mises à former un seul son.
Pour le montrer clairement à l’écrit et faciliter la lecture, on a fusionné o + e en œ.
Néanmoins, la forme “oe” séparée est aujourd’hui acceptée lorsque les claviers ou les contraintes techniques ne permettent pas d’écrire la ligature :)

quelquefois C’est un adverbe. Il signifie parfois, de temps en temps. On peut le remplacer par parfois. 

Il ne faut pas confondre avec "quelques fois": c’est un groupe nominal : quelques (adjectif de quantité) + fois (nom).

Il signifie un petit nombre de fois, un nombre précis mais non exact.

Astuce pour ne pas se tromper

  • Si tu peux remplacer par parfois → quelquefois (1 mot)

  • Si tu peux compter → quelques fois (2 mots)

Allez plus loin : 

  1. Exercez votre vocabulaire d’usage en recherchant dans un dictionnaire le ou les sens des expressions et des mots suivants : misère, ruminer, rude, tanner

  2. Seriez-vous capable d’expliquer la signification de ces mots ?

      lamentable, misère

   3. Savez-vous que ces mots peuvent avoir plusieurs sens ?

       conditions, peine

Deuxième paragraphe

s'y : ​à ne pas confondre avec "si" qui est utilisé pour une question ou une condition

Le "s'y" est la contraction de "se + y"​​​

Astuce pour ne pas se tromper

Lorsque tu peux remplacer par là/icis'y

Il ne faut pas s’y perdre → Il ne faut pas se perdre là 

Elle s’y rend souvent → Elle se rend là 

C'en : on utilise c’en quand on parle de quelque chose / d’une situation déjà évoquée.

exemple : C’en est trop ! → Cela en est trop

À ne pas confondre avec "s'en" : on utilise s’en quand le sujet subit ou fait l’action sur quelque chose.

exemple : Il s’en va → Il "se va" de là → Il part de là

Astuce pour ne pas se tromper

Lorsque tu peux le remplacer par  “cela en est …” c’en

Lamentable : Le mot lamentable vient du mot latin lamentari, qui signifie se plaindre, gémir, pleurer. De ce verbe est aussi issu le nom lamentum, qui désignait une plainte ou une lamentation. En français, lamentable a donc pris le sens de triste, déplorable, digne de pitié.

Aller plus loin : 

Attention : dire à une personne " tu es lamentable" est très blessant, voir insultant. En général, on l’utilise pour une situation, un objet, un événement, pas pour désigner une personne, ni même son travail. Par exemple, on peut dire : Ce vieux bâtiment est dans un état lamentable. 

On ne dira pas à un collègue, un stagiaire, un élève etc. "ton travail est lamentable". C'est un mot très fort, et cela peut être extrêmement humiliant. 

On préfère distinguer la personne du travail et utiliser un vocabulaire constructif :

“Il y a des points à améliorer dans ton travail, voyons comment les corriger.”

“Ce rapport n’est pas complet, je te propose de revoir ces parties.”

“Certaines parties sont confuses, essayons de les clarifier.”

Troisième paragraphe

Quand : est un adverbe ou une conjonction de temps. Il sert à indiquer le moment où quelque chose se passe, et peut être remplacé par "lorsque". 

À ne pas confondre avec "quant" qui est utilisé uniquement avec l'expression "quant à" ou "quant aux".

Tannée : Le mot tannée vient du latin tannare, qui signifie tanner le cuir. En français, il désigne une peau durcie ou endurcie, comme celle du cuir, et dans le texte il exprime que la peau du personnage est marquée et résistante par les épreuves de la vie.

Ouc'est une conjonction qui sert à proposer un choix ou une alternative. Tu peux la remplacer par "ou bien".

À ne pas confondre avec "où" qui sert à indiquer un lieu ou un moment. 

Aller plus loin : 

Connaissez-vous d'autres verbes qui expriment le fait de résister aux épreuves de la vie ? 

  1. Connaissez-vous des verbes qui expriment la résistance ou l’endurance ?

    • endurer, supporter, tenir bon, persévérer

  2. Connaissez-vous des verbes qui expriment la résilience ou la force intérieure ?

    • se relever, se battre, braver, affronter

Conjugaison

Premier paragraphe

ai pris (prendre) : passé composé​

entendez (entendre) : présent de l'indicatif

est (être) : présent de l'indicatif

me sens (se sentir) : présent de l'indicatif

rumine (ruminer) : présent de l'indicatif

souffre (souffrir) : présent de l'indicatif

me plains (se plaindre) : présent de l'indicatif

Troisième paragraphe

dirai (dire) : futur simple de l’indicatif

m’ont jeté (jeter) : passé composé

vient (venir) : présent de l’indicatif

est (être) : présent de l’indicatif

sont tombées (tomber) : passé composé

sait (savoir) : présent de l’indicatif

m’a laissé (laisser) : passé composé

ai dû (devoir) : passé composé

déménager (déménager) : infinitif présent

suis (être) : présent de l’indicatif

Deuxième paragraphe

habite  (habiter) : présent de l’indicatif​

faut (falloir) : présent de l’indicatif

connaître  (connaître) : infinitif présent

se perdre (se perdre) : infinitif présent

passent (passer) : présent de l’indicatif

est  (être) : présent de l’indicatif

Quatrième paragraphe

sont devenus (devenir) : passé composé

m’étaient (être) : imparfait de l’indicatif

avais tenus (tenir) : plus-que-parfait

aimés (aimer) : participe passé (lié à j’avais)

crois (croire) : présent de l’indicatif

a ôtés (ôter) : passé composé

n’ont été (être) : passé composé (négation)

aura emportés (emporter) : futur antérieur

est (être) : présent de l’indicatif

est mort (mourir) : passé composé

Cinquième paragraphe

a donné (donner) : passé composé

risque (risquer) : présent de l’indicatif

s’en sera allée (s’en aller) : futur antérieur 

Cartes mentales

Temps simples (présent - imparfait - futur)
Carte mentale Présent 1.jpg
imparfait de l'indicatif.jpg
_Carte mentale Présent 1.jpg
Temps composés (passé composé - plus que parfait - futur antérieur)
Quiz en ligne 1 (passé composé) : ici

Suggestions de lecture

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